Mais le travail de première ligne n’a pas satisfait Cindy. Cela l’a en réalité rendu furieuse. Elle a constaté à quel point le système ne permettait guère de résoudre les véritables problèmes fondamentaux liés au bien-être de l’enfant et à la pauvreté. Et elle n’était pas la seule à faire ce constat.
En 1998, déterminée à apporter des changements systémiques profonds, Cindy a co-créé la Société de soutien à l’enfance et à la famille des Premières Nations du Canada, un organisme national à but non lucratif dont la mission est de fournir des recherches, des politiques, du développement professionnel et des réseaux pour soutenir les organismes de services à l’enfance et à la famille des Premières Nations s’occupant d’enfants, de jeunes, de familles et de communautés.
La Caring Society travaille avec des communautés des Premières Nations, des défenseurs des droits et les différents niveaux gouvernementaux pour assurer une équité aux enfants et aux familles respectant leur culture. Cela a eu des effets mesurables sur des dizaines de milliers d’enfants des Premières Nations et leurs familles. En 2019, après avoir émis une série d’ordonnances de non-conformité à l’encontre du gouvernement fédéral (invoquées sans relâche par Cindy), le TCDP a condamné le Canada à verser jusqu’à 40 000 $ (le montant maximal permis en vertu de la Loi canadienne sur les droits de la personne) aux enfants, aux jeunes et aux familles des Premières Nations auxquels le système de protection de l’enfance a fait du tort.
Cindy a créé Touchstones of Hope, un mouvement de réconciliation réunissant des praticiens des services de l’enfance et des membres des communautés des Premières Nations. Cela a permis de relier 233 groupes des Premières Nations et non-autochtones distincts représentant 30 langues différentes pour co-créer l’avenir ensemble.
Cindy a également créé les conditions nécessaires à la mise en oeuvre du principe historique de Jordan, du nom de Jordan River Anderson, un jeune Cri décédé à l’hôpital à l’âge de cinq ans, alors que les gouvernements fédéral et provinciaux se disputaient pour savoir qui devrait payer ses soins à domicile. Depuis 2016, plus de 350 000 affaires relevant du principe de Jordan ont été approuvées.
La Caring Society offre des ressources d’éducation publique dans le but de la réconciliation et propose des recherches et un accompagnement par le biais d’initiatives d’éducation, de campagnes de politiques publiques et de ressources de qualité. Par exemple, l’Assemblée des Premières Nations, les Chefs de l’Ontario, et d’autres peuples du monde entier, ont approuvé à l’unanimité le plan Spirit Bear de la Caring Society visant à mettre fin aux inégalités dans les services publics destinés aux enfants, aux jeunes et aux familles des Premières Nations.
L’expérience personnelle de Cindy et son indignation face à l’iniquité ont semé en elle la passion et la résilience nécessaires pour consacrer sa vie à la création de changements systémiques. Son expérience dans le développement communautaire et l’élaboration de politiques combinée avec sa rigueur intellectuelle l’ont propulsée dans un rôle de leadership au sein du mouvement de réconciliation. En 2018, le député néo-démocrate Charlie Angus l’a qualifiée de «Martin Luther King du Canada pour les enfants des Premières Nations».